mardi 17 février 2015

Alternatif Bien-être n°102 - Mars 2015



 Poudre de momie et autres extraits de patate

 
Il n’y a pas si longtemps, il existait des remèdes tout à fait sérieux qui nous font bien sourire aujourd’hui. Mais dans le futur, quel regard porteront nos descendants sur les découvertes actuelles en micronutrition ?

Une formidable découverte : l’extrait de pomme de terre…

Voici la dernière trouvaille d’une équipe de chercheurs : un extrait de pomme de terre pourrait limiter la prise de poids. Du moins pour l’instant, seulement chez les souris. Cette étude, rapportée par la revue scientifique Molecular Nutrition & Food Research, a été menée sur des souris rendues obèses. Le professeur Luis Agellon, auteur de l’étude, s’avoue très étonné de ces résultats et affirme, je cite : que « l’extrait de pomme de terre […] pourrait devenir une solution pour prévenir l’obésité, mais aussi le diabète de type 2 ». Vous y croyez, vous?
C’est à se demander d’où tombe le financement pour ce genre de recherche ! Voici les résultats de cette étude, si jamais vous avez l’intention d’essayer… Pour l’expérimentation, nos chercheurs ont dû bien évidemment engraisser les souris. Durant 10 semaines ils leur donnèrent donc un régime digne du meilleur fastfood, c’est à dire très riche en gras et en sucre. Les souris pesant au départ 25 gr en moyenne prirent 16 gr de plus. Mais attendez… celles qui avaient consommé, en plus de leur régime, un extrait de pomme de terre ont pris seulement 7 gr. Une révolution n’est-ce pas ?

Et pourquoi pas de la poudre de momie ?

Dans les livres anciens, on trouve toute sorte de remède qui soit nous dégoûtent au plus haut point, soit nous font exploser de rire. Par exemple, le rat pendu vif qui, appliqué sur les épines, les pointes de flèches ou les piqures venimeuses, est salvateur. Réduit en cendre ce même pauvre rat pouvait également empêcher le « pissement involontaire » de la nuit* disait-on. Vous souffrez de votre calvitie ? Rien de tel que des têtes de souris calcinées, mêlées avec du miel. Il suffit d’enduire les parties dégarnies pour faire revenir le poil*. Des volontaires ? Comment, vous ne connaissez point l’huile de jeunes chiots à base de vers de terre, de vin et d’huile qui pouvaient guérir les blessures par balles ? Ni la poudre de crâne desséché, la poudre de momie ou la liqueur de cerveau humain qui sont autant de remède radicaux contre l’épilepsie** ?

La science oui, mais…

Nous vivons dans un monde où il est facile de se perdre. Quel que soit le domaine, on ne sait plus qui tire les ficelles. Lorsque quelqu’un commandite une recherche, il est facile de lui faire avoir des résultats en faveur d’un marché juteux qui engraisse les actionnaires. Et je suis prêt à parier que ces obèses de l’argent ne sont pas prêts de se faire avoir par un extrait de pomme de terre pour gérer leur surpoids. L’objectif de ces recherches est le brevetage de nouvelles molécules, au profit de l’industrie montante de la micronutrition. Celle qui emboite le pas à la pharmacie. Le tout chimique n’inspire plus confiance alors on cherche du naturel… Mais de quel naturel parlons-nous ? De nouveaux nutriments sont débusqués sans cesse avec leurs promesses, mais combien sur le lot sont vraiment valables ? Combien traverserons le temps comme l’a fait la phytothérapie et sa tradition ?


Un seul recours : le boycott

Nos traditions ont quasiment disparues à ce jour sous la pression de l’industrie du médicament.Nos dernières ressources, les plantes libérées du monopole pharmaceutique, souvent vendues sous la forme de compléments alimentaires, sont menacées par ce nouvel Eldorado qu’est la micronutrition rénovée. Pour qu’il ne soit pas le coup de grâce pour la phytothérapie, il faut boycotter ce genre de trouvailles ridicules. Le rire est notre première arme ! La seconde est le boycott. Le boycott par la pensée et par la consommation. C’est la seule manière de les rendre non viable. Passe le message à ton voisin.


Jean-François Astier


 * Suzanne Foinard, Merveilleuse Vertus des Plantes. Editions Sainte Rita.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire